qu'est-ce qu'une enquête sociologique? (détaillé suite)

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qu'est-ce qu'une enquête sociologique? (détaillé suite)

Message  Marion Breuill le Sam 8 Nov - 22:49

3. Les différentes méthodes à leur service

a) Les méhodes quantitatives

quantification: gage de scientificité et d'objectivité.
chiffres=facilitation des prévisions

Le suicide de Durkheim: analyse sociologique qui utilise les statistiques pour montrer l'évolution régulière et donc prévisible des suicides.
L'indicateur: le taux social de suicide, qui permet d'aborder le suicide comme fait social, comme phénomène collectif.
Cette méthode permet d'établir des corrélations: le suicide est...
-stable dans le temps et l'espace.
-lié aux rythmes sociaux (+ la société est active et plus il y a de suicides)
-lié à des attributs sociaux que sont l'âge, le sexe, l'état civil et le lieu de résidence.

Ensuite il faut s'assurer que les variables n'ont pas été faussées par des variables cachées que le sociologue n'aurait pas vues. Il procède donc à la méthode des variations concomitantes.
C'est seulement a partir de là que Durkheim établit le rôle de l'intégration dans l'évolution et l'ampleur du suicide.
C'est un modèle d'analyse sociologique s'appuyant sur une enquête préalable.

Les statistiques:
Ils permettent de penser un élément particulier comme compris dans un ensemble plus vaste. La réflexion s'appuie sur des concepts qu'il faut rendre opératoires par des indicateurs pour faire apparaître l'adéquation du concept à la réalité. Les indicateurs vont manifester des similitudes, des convergences et varier de façon concomitante (dans le même sens ou en sens inverse)
Une corrélation entre les indicateurs suggère une relation causale.Mais attention corrélation ne veut pas forcément dire causalité! (Lazarsfeld remarque une corrélation positive entre le nombre de nids de cigognes dans une ville et le nombre de naissances d'enfants qu'on y compte!)
Pour s'assurer des liens de causalité il faut faire varier les différentes données, par exemple dans un tableau permettant une analyse multivariée. Il y a des interactions entre les variables.

Les enquêtes par sondage:
Elles s'appuient sur l'extrapolation de la partie au tout, technique adaptée pour les enquêtes sur des populations vastes qu'il serait trop compliqué ou trop cher d'étudier de façon exhaustive.
Si l'on part d'un échantillon de population suffisamment étendu et représentatif de la population dans son ensemble et qu'on l'analyse, on aura des résultats très proches que si on avait étudié la population totale ( gain de temps et d'argent!)
Si l'échantillon est choisi aléatoirement: la loi des grands nombres indique que sa représentativité sera fonction de sa taille,
Si l'échantillon est choisi selon des quotas: reproduction fidèle et miniaturisée de la population mère.
L'enquête par sondage peut s'appuyer sur un questionnaire qui doit etre facile a comprendre. Il présente 2 types de questions:
- La question de fait, qui suppose une réponse objective, sure et vérifiable qui peut donner lieu a de la gêne ou de la dissimulation.
- La question d'opinion pour constater ce que les individus pensent d'un sujet.

Le traitement des données:
démarche dans ses grandes lignes:
questionnement=>hypothèses=>données=>modèle explicatif ou théorie=>vérification

La régression logistique:
Méthode d'analyse statistique « multivariables », c'est-à-dire concernant les relations entre une variable dépendante et plusieurs variables explicatives.
Les relations croisées entre différentes variables explicatives du fait de leur interaction sont sources de confusion. La régression logistique permet de réduire ces confusions en quantifiant la relation entre la variable dépendante et chaque variable explicative tout en tenant compte des effets simultanés qu'exercent ces dernières.
exemple: Fabrice Murat et Thierry Rocher dans La place du projet professionnel dans les inégalités de réussite scolaire à 15 ans qui montre qu'assimiler l'origine étrangère des jeunes à un handicap en matière de choix sociaux est une erreur.
Cette technique permet de mettre en avant des relations contre-intuitives.

L'analyse factorielle:
Méthode statistique qui permet de traiter de grands tableaux de contingence délivrant une masse considérable d'informations. Elle permet de donner une représentation graphique avec les données les plus importantes. Cette représentation graphique met en exergue l'influence des principaux facteurs retenus et offre une visualisation des relations d'interdépendance, d'attraction ou de répulsion entre variables.
Analyse des correspondances (type d'ananlyse factorielle):
Cette analyse des correspondances permet de définir des attitudes typiques vers lesquelles les individus tendraient.
Elle permet de montrer, par exemple, la complexité des relations entre attitudes religieuses et attitudes sociales (Olivier Galland).

Les échelles d'attitude:
une attidute est un ensemble de seniments, d'idées guidant les conduites et structurant les représentations, les attitudes qui ne sont pas directement observables peuvent être rapprochées et précisées par des questions adaptées, c'est-à-dire généralement fermées et hiérarchisées.
Les réponses aux questions sont affectées de valeurs numériques ou de coefficients permettant une quantification des attitudes.
Echelle connue: échelle de distance sociale de Bogardus (dans les années 20) mesurant le degré d'acceptation des individus de nationalité et d'ethnie différentes par une population. Les réponses vont de la plus grande tolérance à l'intolérance.

b) Les méthodes qualitatives:

Elles consistent à effectuer un travail de terrain, plus propre à l'ethnologie.

L'observation participante (Malinowski): fait d'être accepté et de se fondre dans la société que l'on étudie.(Whyte acquiert la confiance et le soutien des meneurs des gangs afin de les étudier)
Pour entrer dans un groupe fermé, il faut etre recommandé, introduit.
Par exemple Erving Goffman se fait passer pour un assistant du directeur d'un asile pour observer cet univers social de l'intérieur (Asiles. Etude sur la condition sociale de malades mentaux)

L'entretien ou l'incursion:
entretien semi directif ou non directif: technique d'enquête qualitative appréciable dans la mesure ou la communication verbale demeure la forme de transmission de l'information la + commune.
Ds un but de connaissance scientifique, il doit dc prendre des précautions (connaître le degré de liberté et le niveau de profondeur)
degré de liberté: marges de liberté dont l'enquêté disposera au cours de l'échange.
niveau de profondeur: caractère +ou-intime des questions posées de l'interview.

Entretien comme méthode d'investigation= moyen d'accéder à des informations, à des données mais problème car c'est une interaction entre l'enquêteur et l'enquêté, il forme donc une relation sociale.
Le sociologue doit avoir un comportement qui mette à l'aise l'enquêté: adaptation du niveau de langage, instaurer une relation de confiance... surtout quand on pose des questions a une population défavorisée.
Ainsi les + défavorisés peuvent rendre publique une parole privée qui n'est d'ordinaire que très peu écoutée.

L'intervention sociologique:
C'est une autre méthode basée sur l'entretien: (mise au point par Alain Touraine)
elle consiste a engager un échange prolongé avec les acteurs impliqués dans les mouvements sociaux.




II. Préférences et critiques des méthodes mises au service de l'enquête sociologique par les sociologues

1) « Typologie » des formes d'enquêtes préférées par les sociologues

Et attention, les statistiques construisent le réel,la réalité sociale.
Cela va etre interprété de manières différentes:
-conception réaliste (Durkheim): « faits sociaux considérés comme des choses »
Les statistiques sont un outil d'objectivation, permettant une analyse causale rigoureuse, un raisonnement expérimental, des corrélations stables.
-conception nominaliste (Weber):  « faits sociaux considérés comme des choses, mais ce n'est pas suffisant »
La mesure des phénomènes, l'appréciation de leur concomitance exige le recours aux statistiques.Cependant on ne peut comprendre les actions sociales de l'extérieur.
Statistiques=>imputation causale=> compréhension d'ensemble de l'action sociale.
Mais cela ne suffit pas, il faut une approche plus individualiste.
-conception relativiste: « faits sociaux non considérés comme des choses »
Les statistiques produisent des artefacts, ce sont une activité vaine, ils entraînent une dénaturation de la réalité sociale. C'est un outil d'enregistrement étranger à la pratique des membres d'une société.

Si l'on veut regarder les choses de manière plus générales, les sociologues compréhensifs vont plutôt priviligier une enquête qualitative car plus individualiste (par les questionnaires, l'entretien) et poussant plus loin l'empathie car le sociologue peut se retrouver au sein même d'une population à laquelle il doit s'intégrer (observation participante). En revanches, les sociologues comme Durkheim partisans d'une sociologie comme science expérimentale vont donner plus de valeur à des mesures chiffrées et donc précises, objectives.
( Attention cependant, Durkheim a fait de la compréhension et Weber a déjà utilisé les statistiques!)


2) Limites des différentes méthodes

Critiques de Marcel Mauss notamment qui dit qu'il ne faut pas s'appuyer sur des données statistiques avant d'en avoir vérifié les sources.
Durkheim est critiqué pour son utilisation des statistiques. En effet celles ci sont soumises à des intérêts sociaux, enjeux politiques économiques et sociaux importants. Mais d'après Dominique Merlié dans La construction statistique « on peut raisonner juste sur des statistiques fausses parce que, si les masses sont mal mesurées ou mal connues, leurs variations seraient saisies avec une fiabilité beaucoup plus grande. »

Erreurs possibles avec l'utilisation des statistiques:
1. erreur d'échantillonnage lié a la constitution de la population représentative
2. erreur de mesure renvoyant aux observations enregistrées.
1+2=erreur totale

Les questionnaires utilisés pour les sondages sont victimes de critiques:
Pour Pierre Bourdieu => sondage producteur d'opinions.
=>Les individus ne sont pas égaux face aux questions au niveau de la connaissance, de la réflexion.
=>Effet d'imposition.
=>relation sondeur/sondé délicate et le sondé ne va pas forcément oser donner son avis et va donner des reponses stéréotypées qu'elle suppose attendues par le sondeur.
=>ignorer les sans opinion et les non réponses fausse les sondages: inégalités entre groupes sociaux par exemple.
=>Opinion publique artificielle et conformiste.
=>Rôle du contexte (politique par exemple)
=>forme des questions qui a un impact sur les réponses (ouvertes, semi ouvertes et fermées)
=>ne pas confondre sondage d'opinion et connaissance de l'opinion.
DOUBLE HANDICAP: faible contrôle sur les thèmes et les questions imposées par les clients, les faiseurs d'opinion et les médias, incapacité à objectiver les reponses de manière à en proposer une analyse rigoureuse, les sondages d'opinion révèlent de la doxa, c'est-à-dire de cette opinion commune au sens figuré, insousciente des déterminations qui pèsent sur elle.
=>Sondage appareil de la domination pour légitimer certaines opinions?

Défense des sondages par Alain Lancelot qui pense que c'est une bonne méthode d'approche individualiste comme aux élections, qui met sur un pied d'égalité des opinions différentes.


Limites de l'échelle d'attitudes: sens que les individus prêtent aux questions?
On dresse un tableau statistique des attitudes alors que celles-ci, même si elles sont douées de stabilité, sont dynamiques et sensibles aux événements qui surviennent.

Méthodes qualitatives: critique selon Thomas: l'observation directe et l'entretien en face a face ne sont pas à recommander car la présence de l'enquêteur modifie la réalité qu'il se propose d'observer.lorsque les témoignages sont livrés a travers des sources écrites ils paraissent offrir plus de garanties.

Limite de l'observation participante: le sociologue doit réussir a être objectif alors qu'il peut réagir comme l'ensemble du groupe dans lequel il est intégré. Il faut faire un travail poussé d'objectivation.

L'entretien: l'enquêté peut avoir différentes réactions qui sont des obstacles a l'analyse:
La fuite: l'enquêté ne répond pas à la question quile gêne.
La rationalisation: il cherche à justifier son comportement rationnellement mais ces justifications ne correspondent pas à la réalité.
La projection:il attribue aux autres ses propres opinions.
L'introjection:il s'attribue les opinions des autres sans s'en rendre compte.
L'identification:il donne des réponses qu'il pense attendues par l'enquêteur.
Le sociologue doit donc tout faire pour mettre en confiance son interlocuteur.
Différences sociales entre enquêté et enquêteur=>une violence symbolique est susceptible de s'exercer.

L'intervention sociologique peut s'avérer difficile à mener et parfois ne pas porter ses fruits.
Par exemple, Michel Wieviorka fait une étude sur le racisme et confronte des militants du front national à des jeunes issus de l'immigration, ceci pour obtenir une réflexion sur le racisme. Seulement cela se passe différemment: les sources du racisme sont éclairées mais aucun remède n'est apporté à cette crise culturelle. Tout le monde retombe au point de départ et ressort frustré et déçu. Parfois certains groupes rendent difficile l'investigation, comme les skinheads.

3) Poblème d'objectivité des enquêtes et de liberté des chercheurs

Le sociologue doit préserver sa capacité d'autonomie et résister aux demandes préfabriquées des institutions, il ne doit pas céder à des questions immédiates qui en générales sont non subjectives et cherchent à servir l'intérêt des financeurs. Le sociologue doit donc préserver son avis critique.

Marion Breuill

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